Gouvernance, urbanisme et transition

By 14 janvier 2017Actualité

 

La gouvernance 2.0[1]

L’Etat, et ses institutions, n’ont plus désormais le monopole de la formulation du contrat social et de sa protection. Ce sont aujourd’hui d’autres acteurs qui assurent la régulation de ce patrimoine, répondant à des enjeux nouveaux. Des outils citoyens de régulation « démocratique » font leur apparition comme le mégawatt, le bien être durable à domicile, la réforme des retraites, de la sécurité sociale… autant de signes qui annoncent un nouveau pacte social pour notre société.

Les hommes politiques ne sont plus à l’initiative de la protection du contrat social, mais ils le suivront. Dans la boucle, leur rôle consiste désormais à valider les expérimentations et à permettre leur généralisation. Si l’Etat Providence a disparu, il se joue quelque chose d’inédit dans la possibilité d’accéder à des ressources assurantielles et existentielles d’un nouveau genre, fondé sur l’open data.

Au niveau de l’Etat, la souveraineté n’est plus unilatérale, mais latérale. La citoyenneté et la société civile sont devenues des lieux de l’innovation sociale, d’exercice de la démocratie et d’expertise pertinente et continue. La société civile est désormais en capacité d’éduquer l’Etat.

Que les sociétés apprécient de manière très différenciée l’économie positive, le développement durable, la transition écologique, les normes HQE et sociales, cela n’a rien de surprenant. En revanche, que cela serve d’alibi aux sociétés démocratiques occidentales pour ne pas être pionnières dans la réinvention, dans la régulation sociale et environnementales de l’économie, cela est très dommageable, car il s’agit d’un puissant levier de sortie de crise.

L’ère du numérique change le paradigme social et ouvre la voie de la gouvernance 2.0.

Villes et territoires, lieux d’invention politique

La réflexion sur la ville a longtemps été formatée par la charte d’Athènes rédigée en 1933 sous le patronage de Le Corbusier. Il s’agit d’un exercice théorique vantant les mérites de la spécialisation des espaces, de la ville fonctionnelle et rationnalisée à l’extrême dans laquelle le travail, les loisirs et la résidence étaient clairement séparés. 60 ans plus tard la charte d’Aalborg prend la position opposée exacte de cette approche. Centrée sur la question environnementale, cette approche fait en sorte que la ville ne soit pas conçue comme un espace de dégradation environnementale, mais comme un outil de durabilité. Il est alors question de « justice environnementale » et de « politique de prévention d’intoxication des écosystèmes ». Il s’agit d’une prise de conscience radicale de l’univers architecturale, dans laquelle s’inscrivent d’ailleurs des formations comme MS CHD.

De fait les manières locales de s’approprier une smart grid city, de penser la qualité de vie consistent précisément à remettre en cause la spécialisation existante des espaces publics. Le premier critère de l’espace public est un critère dynamique, un critère d’évolution. La fonctionnalité de l’espace asphyxie les villes, du fait même que les habitants des villes ne sont pas « scindés », ils ont plusieurs destins différents qui cohabitent. Ainsi le dépassement de la ville fonctionnelle n’est certes pas seulement une question d’architectes, mais bien l’apanage de tous.

Bien sur le phénomène de polarisation s’est renforcé, la métropolisation renforce les inégalités entre les villes polarisantes et les villes moyennes. Les villes représentent aujourd’hui 40% du produit intérieur brut (PIB) mondial. Elles représenteront 60% en 2025, et personne ne sait comment contourner l’attractivité de la ville monde. Or elle crée la désertification de ses alentours, elle crée un clivage entre ruraux, citadins, périurbains, urbains… la ville se crée également à l’extérieur de la ville, par tous ceux qui y sont impliqués directement et indirectement.

L’ère du numérique crée du lien dans la ville et véhicule des services pour la qualité de vie.

Une transition surtout pas qu’énergétique

Dans son rapport de 2014 sur les perspectives 2020-2050 du bâtiment responsable, le groupe de travail RBR a travaillé sur 3 grandes orientations de mutation du bâtiment. Il est question de montée en compétences, d’autonomie dans la mesure de la qualité, mais le principal enjeu retenu par ces experts de la filière bâtiment est de sortir de la logique qui donne la primauté à la seule efficacité énergétique. L’ambition est de dépasser la seule réglementation thermique et d’adresser des champs beaucoup plus larges.

Le bâtiment responsable de demain ne sera pas seulement un bâtiment sobre en énergie, mais il sera également connecté à son territoire, soucieux de son empreinte carbone, et de sa faible utilisation de ressource primaire dans tout son cycle de vie. Le bâtiment responsable anticipera les mutations possibles comme la déconstruction, se préoccupera de la santé et du confort des occupants, offrira un support d’optimisation économique de son exploitation.

L’ère du numérique ouvre la voie du bâtiment durable et responsable.

 

Donc qu’il s’agisse de mutations du pacte social, dans une dynamique où chacun d’entre nous devient acteurs de l’intérêt commun, qu’il s’agisse des fonctionnalités de la ville qui voit l’apparition de lieux de vie plurifonctionnels qui s’interconnectent entre eux et interconnectent également les individus, qu’il s’agisse de la concrétisation de la transition numérique du bâtiment, les fonctionnalités nouvelles sous-jacentes sont autant de prétextes à l’émergence des objets connectés dans le bâtiment.

 

[1] D’après les propos de Cynthia Fleury, philosophe et psychanaliste